Ester Manas, le label de mode inclusive des femmes puissantes

C’est une jeune marque qui pose un regard ludique et décomplexé sur les corps, un propos nouveau autour de l’inclusivité dont l’industrie de la mode avait bien besoin.

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« Notre marque cherche à présenter une diversité de corps »

Derrière Ester Manas, une direction artistique à deux têtes, celle d’Ester Manas et de Balthazar Delepierre qui se sont rencontrés à l’école de La Cambre, à Bruxelles où ils vivent toujours.

Ce couple à la ville avait cette idée qui paraissait un peu folle de créer des vêtements en taille unique à partir de chutes de tissus ou de matières responsables.

Leur projet de fin d’études est devenu une collection remarquée pour son esthétique aussi joyeuse que glamour et récompensée par plusieurs prix, dont celui du Festival d’ Hyères en 2018.

Vous défilez à Paris mais vous souhaitez garder votre ancrage quotidien à Bruxelles, que vous apporte ce mode de vie ?

B.P. : Nous venons à Paris plusieurs fois dans la semaine, nous sommes devenus des mécènes du Thalys !

C’est un rythme de vie façon yin et yang. Il est à la fois essentiel d’être à Paris pour le business et l’adrénaline mais quand nous rentrons à Bruxelles, nous retrouvons notre laboratoire, notre ressource d’idées. Il n’y a pas vraiment d’esthétique belge mais une certaine naïveté et une audace expérimentale.

C’est ce qui explique sûrement le nombre de créateurs qui gardent un pied en Belgique : notre styliste consultant Benoit Bethume, Matthieu Blazy de Bottega Veneta, qui possède un appartement à Anvers, et je me sou-viens de cette image de Raf Simons, à l’époque où il travaillait chez Dior, qui prenait la route le week-end pour rentrer faire un break.

E.M. : Cela nous apporte une certaine liberté, une fraîcheur. À Bruxelles, le rapport au vêtement et au corps est plus léger, bienveillant, avec de l’autodérision et un peu de je-m’en-foutisme.

En tant que Française qui est née dans le Sud puis a vécu à Paris, j’ai senti là-bas une absence de jugement.

Vous avez remporté le Prix Hyères des Galeries Lafayette en 2018 avant d’être finalistes pour le LVMH Prize en 2020, ces concours se révèlent-ils indispensables quand on débute ?

E.M. : Sans Hyères, nous n’aurions jamais lancé la marque. À La Cambre, mes professeurs avaient bien accueilli mon projet de fin d’études.

À l’époque, j’étais en stage chez Acne Studios mais avec Balthazar, on a eu envie d’aller plus loin. Notre dossier de candidature nous a fait remporter le Prix des Galeries Lafayette à Hyères, ce qui incluait la production d’une collection commerciale.

On a réalisé qu’il fallait vite créer une structure pour produire une collection. Plus que le potentiel commercial, c’est l’enthousiasme des gens à Hyères qui nous a convaincus de nous lancer.

Il y a plein de façons d’être sexy – Balthazar Delepierre

On parle beaucoup du nouveau sexy années 90 que les femmes se réapproprient aujourd’hui, quelle en est votre perception ?

E.M. : Cette décennie restera un fil rouge car c’est la référence du sexy de notre génération, c’est le glamour de nos premiers émois.

On s’est construit avec les années 90. Longtemps, les femmes ne pouvaient pas se projeter sur leurs icônes. Aujourd’hui c’est différent.

On peut aimer l’audace stylistique de Dua Lipa sur scène mais aussi celle de Barbie Ferreira dans la série Euphoria.

Je vois que les filles qui défilent pour nous donnent envie à nos amies plus réservées de passer des caps dans leur façon de s’habiller.

B.D. : Sur notre moodboard, il y a plein de façons d’être sexy : une fille avec un chapeau de cow-boy, une danseuse de flamenco, un T-shirt coupé façon crop top…

Quand on fait les essayages avec nos mannequins, on est souvent surpris par leur audace qui bouscule aussi nos conventions sociales.

À nos débuts, on ne nous faisait parler que de l’inclusi-vité, très peu du propos créatif, de notre style et de cette femme sensuelle et fière qu’on faisait défiler. Notre quotidien, c’est avant tout de dessiner des pièces qui claquent !

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