Iman, le premier supermodel noir

Son prénom est à lui seul témoin de sa renommée internationale. Iman, le top model somalien a révolutionné l’industrie de la mode dans les années 80. Ce mardi 27 août, Iman reçoit le Prix Franca Sozzani en hommage à sa carrière et ses engagements humanitaires.

Née le 25 juillet 1955 à Mogadiscio, Iman est le mannequin emblématique des années 80. En près de 20 ans de carrière, le supermodel a fait de son succès un outil pour bousculer les codes de la beauté, ouvrant la voie à des générations de mannequins de couleur.

Si le prénom Iman – qui signifie “foi” en arabe – est celui qu’on lui connaît et qui lui sera attribué à la demande de son grand-père, le supermodel est né Zara Mohamed. D’une mère gynécologue et d’un père diplomate, Iman Mohamed Abdulmajid grandit dans une famille aux idées progressistes. Jusqu’à son adolescence, le futur mannequin grandit entre l’Égypte et le Kenya, une ouverture sur le monde qu’elle affectionne mais qui s’effectue par la force des choses.

Je suis musulmane et l’Egypte a été un endroit très progressiste. Les filles comme moi pouvaient aller à l’école.

En 1972, les tensions politiques poussent la famille Abdulmajid à fuir la Somalie. Dans un entretien accordé à Vogue Arabia en 2018, le supermodel se souvient : “avec l’instabilité politique, mes parents se sont installés en Arabie Saoudite, et j’ai été envoyée en Egypte pour finir le lycée. Du Caire, je me rappelle les attaques israéliennes – le son des sirènes et des éclats de verre – mais c’était aussi un pays auquel il était facile de s’adapter. Je suis musulmane et l’Egypte a été un endroit très progressiste. Les filles comme moi pouvaient aller à l’école.”

Iman veut marcher dans les pas de son père Mohamed Abdulmajid, diplomate de profession. Après le lycée, elle décide de poursuivre des études en sciences politiques et s’installe à Nairobi, où elle fait bientôt une rencontre qui va changer sa vie. 

Nous sommes en 1975. Sur le chemin de l’école, Iman, 20 ans, croise la route du photographe américain Peter Beard. Subjugué par le physique de la somalienne – son long cou, son mètre 75 et ses gracieux traits de visage – le photographe souhaite immortaliser sa beauté mais Iman ne se laisse pas approcher si facilement. Peter Beard insiste et propose de la rémunérer. La jeune étudiante entre alors en négociations : le prix à payer sera celui de ses frais de scolarité, estimés à 8,000$. Le photographe accepte et Iman se prête au jeu de la séance photos. Le début d’un immense succès.

De retour à New York, Peter Beard contemple ses clichés et s’empresse de vanter les qualités de sa “découverte” kényane, quitte à déformer la réalité. Dans la presse américaine, le photographe propage de fausses informations à propos d’Iman. Elle serait membre d’une famille royale africaine, et aurait été “trouvée” par Beard lui-même au beau milieu de la jungle. Pire, le photographe américain parle d’Iman comme d’une beauté noire qui “ne parle pas un mot d’anglais”. En vérité la fille de diplomate parle couramment 5 langues, mais le microcosme de la mode croit naïvement à cette supercherie qui n’a d’autre but que la publicité. Le “mythe Iman” est créé.

Les gens me décrivaient comme si je n’étais pas humaine, comme si je venais d’un autre monde.

En octobre 1975, Peter tente de convaincre celle qui est encore étudiante à l’Université de Nairobi de venir à New York. Il faut dire que grâce aux rumeurs qu’il a inventées, Iman fait déjà sensation avant même d’atterrir sur le sol américain. À son arrivée, elle se confronte aux journalistes. “Lors de ma première conférence de presse avec Peter, il m’a dit de prétendre ne pas savoir parler anglais. C’était une bonne manière de découvrir comment les gens parlaient de moi, et ce qu’ils pensaient réellement. Cette expérience m’a appris beaucoup sur les États-Unis. Les gens me décrivaient comme si je n’étais pas humaine, comme si je venais d’un autre monde. Ils disaient que j’étais exotique… un perroquet est exotique, je suis un être humain”, raconte-t-elle encore à Vogue Arabia.

Complices dans cette mystification, c’est le début d’une longue collaboration entre le mannequin et le photographe américain. En 1976, Peter Beard convie sa protégée, désormais signée chez l’agence Wilhelmina Models, à la séance photo de sa première couverture de magazine. Un magazine qui n’est autre que le légendaire Vogue US. Parmi les tops au sommet à l’époque à l’instar de Jerry Hall et Beverly Peele, Iman est le nouveau phénomène. Elle débute sur les défilés de haute couture et pose pour les plus grands photographes de mode : Bruce Webber, Helmut Newton, Annie Leibovitz et Irving Penn.

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Dans les années 80, on reconnaît le succès d’Iman à ses innombrables apparitions tant dans les pages de magazine que sur les podiums.

La femme de mes rêves, c’est Iman

Le supermodel somalien révise les diktats de beauté selon lesquels les femmes de couleur sont jusqu’alors inexistantes. Par sa beauté, Iman Abdulmajid séduit naturellement les grands créateurs. La liste est longue et prestigieuse : Gianni Versace, Calvin Klein, Issey Miyake, Azzedine Alaïa, Thierry Mugler… et surtout Yves Saint Laurent. Le styliste français a même déclaré à son sujet “la femme de mes rêves, c’est Iman”. Saint Laurent choisit le top comme égérie de sa collection intitulée African Queen, preuve de son adoration.

Et il n’y a pas que le cœur des grands couturiers que la Somalienne parvient à conquérir. En 1992, Iman épouse David Bowie avec qui elle a une fille prénommée Alexandria. La mannequin est déjà mère de Zulekha, née en 1978 de son premier mariage au basketteur Spencer Haywood. Avec l’icône britannique de la chanson, la love story dure 24 ans, jusqu’à la disparition du chanteur en 2016.

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Quand elle ne fait pas la couverture de magazines, Iman s’invite à l’écran : dans le clip Remember The Time de Michael Jackson ou encore dans plusieurs films dont Out of Africa, aux côtés de Meryl Streep et Robert Redford.

Lors de mon premier shooting pour Vogue, la maquilleuse n’avait pas de fond de teint pour les filles noires

Iman se retire du mannequinat en 1994, après avoir marqué de son empreinte le milieu de la mode dans les années 80. Mais si le supermodel quitte le feu des projecteurs, c’est pour mieux briller en dans les coulisses de l’industrie. La même année elle lance une ligne de cosmétiques. Le souvenir des podiums n’est pas bien loin alors : “Lors de mon premier shooting pour Vogue, la maquilleuse n’avait pas de fond de teint pour les filles noires – ça a été le déclic pour créer Iman Cosmetics.”, explique-t-elle. Révolutionnaire pour sa large gamme de teintes pour peaux noires et métissées, en 2010, le chiffres d’affaires de Iman Cosmetics s’élève à un montant de 25 millions de dollars.

Les industries de la mode et de la beauté ont bénéficié de l’impact d’Iman. En 2010, le Conseil des créateurs de mode américains (CFDA) lui décerne le prix d’icône de mode. Ce soir-là, Iman remercie ses parents pour lui avoir légué “un si long cou afin de garder un œil partout dans le monde”. Si bien que tout au long de sa carrière, l’ancien top model a veillé à rendre le monde meilleur par le biais de ses engagements humanitaires auprès d’organisations telles que la Children’s Defense Fund et Action Contre la Faim.

Selon Francesco Carrozzini, fils de l’ex-rédactrice en cheffe du Vogue Italia Franca Sozzani : “le travail d’Iman a bouleversé l’industrie de la mode de façon similaire à celle de Franca : audacieuse, innovante et inclusive.” Ce mardi 27 août, à 64 ans, Iman reçoit le Prix Franca Sozzani qui récompense sa carrière artistique ainsi que sa contribution dans le domaine caritatif.

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