Le luxe, le brush et le clinquant : "House of Gucci" est-il un film trop bien habillé ?

Blockbuster annoncé, le film House of Gucci raconte l’histoire, romanesque en diable, de Patrizia Reggiani, reconnue coupable du meutre de son époux Maurizio Gucci, et des luttes familiales ayant agité la maison italienne de luxe. Un scandale qui, sur grand écran, manque un brin d’élan.

Entrer dans House of Gucci, c’est comme pénétrer dans un dressing bien ordonné. Dans le film de Ridley Scott sur une page sanglante de la vie de la famille italienne, chaque chose est parfaitement à sa place, bien éclairée, destinée à se montrer sous son jour le plus parfait. Pourtant dans les palais dorés, un crime s’ourdit qui va tacher les cachemires précieux. Côté masculin : des costumes au tombé idéal, des cols roulés qui flattent la ligne d’une mâchoire bien rasée, et des foulards en soie raffinés. Pour les femmes, des sacs et des bijoux qui brillent, des talons sur lesquels on oscille et des robes, ou des tailleurs, dont le décolleté le dispute aux coupes puissamment carénées.

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Chaque détail, de la fine moustache de Jeremy Irons au brushing de Lady Gaga, chaque décor, les somptueuses villas où l’on suspend négligemment son Klimt dans l’entrée, respire l’opulence, le luxe, le clinquant. Et tant pis pour les quelques anachronismes qui parsèment l’ensemble (à en croire un plan furtif sur Karl Lagerfeld dans les années 1980, une boule de poils dans les bras, Choupette en serait aujourd’hui à sa quatrième ou cinquième vie). La bande-son ultralittérale, entre Pucci, Verdi, Blondie et Bowie, nous signifie quant à elle, et au cas où on ne l’aurait pas bien saisi, que nous sommes dans une sorte de pop opera. House Of Gucci est pensé pour marcher aussi fort qu’un titre de Lady Gaga.

En vidéo, « House of Gucci », la bande-annonce

Terrain balisé

Dommage, on aurait aimé que l’histoire de Patrizia Reggiani, reconnue coupable en 1998 d’avoir commandité l’assassinat de son mari, Maurizio Gucci, bascule davantage vers le thriller échevelé, avec un peu d’outrance, voire de mauvais goût ou de violence assumée. Tout comme auraient pu être traitées les complexes luttes familiales ayant abouti à la cession de la maison italienne à un investisseur étranger. Difficile de ne pas penser à la série Succession qui, avec davantage de brio, a su tirer des querelles entre riches et puissants tout le tragique, la perversité, et même le ridicule.

On entre donc dans House of Gucci comme en terrain balisé, alors qu’on aurait voulu être bousculé. Les magnifiques costumes semblent presque évoluer en toute indépendance, comme s’ils n’étaient pas habités. Pourtant, les comédiens, évidemment tous oscarisés, font de leur mieux (quand ils n’en font pas beaucoup trop : attention à l’accent italien d’Al Pacino et aux «grand-guignolades» de Jared Leto). Dans le rôle de Maurizio, héritier passif et hésitant, Adam Driver apporte de la profondeur à un film qui en manque cruellement. Lady Gaga, impeccable, affirme certes sa présence à l’écran. Mais on attendait peut-être un peu plus de flamboyance de la part de l’interprète de Bad Romance pour incarner celle qui s’affichera, dès sa sortie de prison en 2014, en train de faire les magasins avec un perroquet sur l’épaule.

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Le film de Ridley Scott ne va pas jusque-là, s’arrêtant à la condamnation de Patrizia en 1998, à vingt-neuf ans de prison. Mais, quitte à raconter une si incroyable saga, on aurait aimé voir dans House of Gucci un côté plus fou, plus débraillé, inspiré des punchlines scandaleuses («Il vaut mieux pleurer dans une Rolls qu’être heureux sur une bicyclette») dont «la veuve noire» avait le secret. Mais un pull Gucci ne gratte pas, ne pique pas.

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