L'hommage de Zendaya à Donyale Luna, premier mannequin noir de l'Histoire

Dans une série photo pour le magazine Essence, l’actrice Zendaya a voulu réhabiliter celle que la mode a oublié : le supermodel américain Donyale Luna, morte tragiquement en 1979.

Si on cite souvent Naomi Campbell comme référence, elle n’est pas la seule à avoir ouvert la voie aux mannequins noirs. Bien que son nom reste beaucoup moins connu du grand public, c’est bien Donyale Luna que l’Histoire retient comme la pionnière du genre. En 1965, l’Américaine sera la première personne noire à faire la couverture de Harper’s Bazaar ; et en 1966, celle de Vogue UK.

Pour lui rendre hommage, l’actrice Zendaya – aidée de son styliste Law Roach – a reproduit ses photos les plus mythiques dans le magazine Essence qui célèbre son 50e anniversaire. «C’est l’une des couvertures préférées que j’ai faites», a confié la star d’Euphoria de 24 ans. «Une grande partie de ce que je fais, en particulier dans le domaine de la mode, est un hommage aux icônes qui étaient là avant moi, dont beaucoup de femmes noires.»

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De Détroit à New York

Née Peggy Ann Freeman le 1er janvier 1945 à Détroit, dans le Michigan, Donyale Luna connaît une enfance tumultueuse marquée par les quatre divorces et remariages de ses parents. À 18 ans, celle que l’on surnomme «Little Peggy» change d’identité, et opte pour Donyale George Luna. Dans les colonnes du New York Times, en 1968, l’une de ses deux soeurs dira qu’elle avait toujours été «une enfant étrange, même depuis la naissance, vivant dans un monde merveilleux, un rêve». Certes, la jeune femme est rêveuse, mais elle veut surtout oublier le drame qui vient de se produire dans sa famille : victime d’abus répétés, sa mère a fini par tuer son père.

Son destin change en 1963. Le photographe britannique David McCabe, célèbre pour ses clichés de Twiggy et Andy Warhol, la repère dans les rues de Détroit. Cette rencontre est déterminante pour Donyale Luna qui décide de déménager à New York à l’automne 1964 pour tenter sa chance dans le mannequinat. Lorsqu’elle débarque dans la Grosse Pomme, le Civil Rights Act (une loi qui met fin à toutes formes de ségrégations et discriminations reposant sur la race, la couleur, la religion, le sexe, ou l’origine nationale) vient d’être voté par le Congrès américain. Pour autant, les opportunités demeurent très rares pour les mannequins noirs.

Sauf que David McCabe en a décidé autrement. Fidèle à sa promesse, il introduit Donyale Luna dans le cercle très sélect de la mode : Nancy White, rédactrice en chef d’Harper’s Bazaar ; China Machado, première personne non caucasienne à apparaître dans un grand magazine de mode américain (dans le numéro de février 1959 de Harper’s Bazaar) ; et Richard Avedon, célèbre photographe de mode. Tous les trois sont séduits par la personnalité mystérieuse du jeune mannequin. Résultat : la première signe avec elle un contrat d’exclusivité d’un an, la seconde la prend sous son aile, le troisième devient son manager.

“Impossible de la louper”

Donyale Luna pose pour les plus grands magazines de mode : Harper’s Bazaar, Vogue

Après quoi, tout s’enchaîne très vite. La jeune Américaine fait la une de Harper’s Bazaar et devient la première personne noire à poser en une du magazine en 98 ans de publication. Il n’empêche que «Donyale traverse des zones de turbulence», relève Vanity Fair qui écrit que «sa relation avec son manager Richard Avedon, très possessif, tourne au vinaigre, tandis que les plus gros annonceurs de la presse refusent de placer leurs publicités dans les magazines qui la mettent à l’honneur.» Cela conduit le mannequin, en 1965, à s’envoler pour l’Europe, qu’elle espère plus ouverte.

Arrivée à Londres, Donyale Luna fait la couverture du Vogue UK. À Paris, elle défile pour Courrèges, Yves Saint Laurent, Valentino et Paco Rabanne. Une véritable consécration. En avril 1966, le Time Magazine la décrit même comme «le nouveau corps céleste qui, grâce à sa singularité, promet de rester au top pendant bon nombre de saisons.» Le magazine poursuit : «Donyale Luna, comme elle s’appelle elle-même, est incontestablement le modèle le plus sexy du moment en Europe. Elle a seulement 20 ans, noire, originaire de Détroit et c’est impossible de la louper si vous lisez Harpers’s Bazaar, Paris Match, le Queen anglais, les Vogue anglais, français ou américain.»

Donyale Luna dans le film Satyricon de Fellini, en 1969.

De fil en aiguille, Donyale Luna se tourne vers le cinéma, sa passion de toujours. À la fin des années 1960, elle apparaît dans quelques films d’Andy Warhol. On la voit aussi dans Blow-Up d’Antonioni (1966), Qui êtes-vous Polly Maggoo ? de William Klein (1966), Skidoo d’Otto Preminger (1968) ou encore Satyricon de Fellini (1969). C’est d’ailleurs lors du tournage de celui-ci qu’elle fait la rencontre du photographe Luizi Cazzaniga, qu’elle épouse en 1976 en Californie. Un an plus tard, le couple donne naissance à une fille, Dream Cazzaniga.

Mais la carrière de Donyale Luna est brutalement stoppée le 17 mai 1979. Le supermodel, dépendante aux drogues, meurt d’une overdose d’héroïne dans une clinique de Rome. Une chose est sûre : l’Américaine aura ouvert la voie aux mannequins noirs. Dans son sillage, d’autres modèles contribueront par la suite à changer les choses. À commencer par Beverly Johnson, premier mannequin noir à faire la couverture de Vogue US en 1974 (titre qu’on prête souvent, à tort, à Iman Abdulmajid Bowie). Naomi Campbell aura, quant à elle, la primeur de la couverture de Vogue France en 1988. Et enfin, Tyra Banks celle de faire la couverture du supplément maillots de bain de Sports Illustrated.

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