Pourquoi ce jean écolo de Gucci fait-il polémique ?

Si la Fashion Week printemps-été 2021 de Milan commence aujourd’hui, Gucci ne défilera pas. Comme annoncé par son directeur artistique, Alessandro Michele, la maison italienne se retire pour l’instant du calendrier officiel et pense ne défiler plus que deux fois par an. 

“J’abandonnerai le rituel usé des saisonnalités et des défilés pour retrouver une nouvelle cadence, plus proche de ce que je veux exprimer. Nous nous réunirons deux fois par an pour partager les chapitres d’une nouvelle histoire”, avait-il déclaré dans une suite de posts Instagram.

Si elle ne défile pas, la marque reste malgré tout au cœur de l’actualité puisque la mise en vente de son jean écoresponsable crée une petite polémique sur les réseaux sociaux, en raison de l’aspect usé-taché du dit jean.

Chez Gucci, le denim vieilli prend un nouveau tournant

On est sans doute nombreux à avoir en tête le jour où on a persuadé nos parents d’acheter un jean troué ou déjà délavé. L’idée de dépenser une somme d’argent dans un pantalon qui paraissait avoir déjà bien vécu leur semblait totalement hallucinante, n’en déplaise à notre vision du cool. Autant vous dire que la vision de ce denim vieilli avec un effet taches d’herbe aurait sans doute été la goutte de trop auprès de ma propre mère. 

C’est pourtant un design approuvé par Gucci qui vend son modèle “fabriqué à partir de coton biologique” et “traité spécialement pour obtenir un effet taché usé” au prix de 960 €.

Gucci ou la réinvention du vintage

Plus qu’une simple polémique, les pièces à effet usée mises en vente par Gucci en viennent précisément à questionner le nouveau rapport que les griffes de luxe et leurs consommateurs entretiennent avec le concept de vêtement vintage.

On peut le voir depuis plusieurs mois déjà avec les célébrités qui, avant la crise de la covid-19, portaient des tenues vintage sur le tapis rouge. Le lancement en cette rentrée d’une rubrique consacrée au vintage de luxe sur le site Vestiaire Collective entérine l’idée que le vintage est devenu un enjeu marketing et donc sociétal. 

Notre vision pour le futur est de s’éloigner de plus en plus du modèle linéaire de la mode

Avec ce pantalon, il est intéressant de noter que Gucci fait plus que s’inspirer du vintage. Comme précisé sur le site : “Toutes les chutes de coton biologique issues du processus de découpe de ce produit sont revalorisées pour former de nouveaux tissus dans le cadre du programme “Gucci Up”.

Est indiqué plus loin : “Cet article est confectionné à partir de coton 100 % biologique. Il a été créé à l’aide de techniques de culture et de fabrication n’impliquant pas de produits chimiques, de pesticides ou d’engrais artificiels nocifs. Il intègre également des méthodes qui respectent la biodiversité et les écosystèmes, améliorent la qualité des sols et réduisent la consommation d’eau”.  Par exemple, la marque indique qu’elle a utilisé près de 22 tonnes de chutes de cuir réutilisables, entre 2018 et 2019. 

Un upcycling qui vient brouiller notre vision jusqu’à présent bien claire du vintage qui, habituellement, est utilisé pour parler de vêtements qui ont été fabriqué il y a de cela au moins 20 ans voire bien plus. Plus couramment, on a tendance, fast-fashion oblige a arrêter le vintage aux années 90.

Mais comment définir ces pièces créées à partir de vêtements vintage pour produire des vêtements neufs ? Et comment également en justifier le prix ? “Notre vision pour le futur est de s’éloigner de plus en plus du modèle linéaire de la mode, pour aller vers un modèle circulaire où la circularité n’est pas une exception au design et à la création, mais intégrée dans le cadre du processus. Un avenir où la beauté des matériaux anciens est célébrée dans un cycle éternel, et les nouvelles ressources naturelles ne sont pas une condition préalable à l’attrait et à la qualité”, explique Gucci dans son manifeste pour une écologie circulaire. 

Pensé à 360°, le programme a la volonté non-seulement de faire appel à plus de matériaux réutilisables mais également à avoir un impact social positif en formant  “des groupes marginalisés” afin qu’ils puissent soutenir et gérer leurs propre communautés indépendamment d’une aide extérieure. Une chose est certaine, depuis qu’il a été promu comme manière possible de sauver l’industrie de la mode, le vintage est amené à changer. Et nous avec lui ?

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