"Des pièces qui font aimer la guitare" : Thibault Cauvin en concert intime avec les "Etudes simples" du grand compositeur cubain Leo Brouwer

Pendant le premier confinement, l’an dernier, le guitariste Thibault Cauvin s’est amusé à égrener sur les réseaux sociaux les célèbres Estudios sencillos (études simples) du grand compositeur cubain Léo Brouwer, une chaque jour, en invitant d’autres guitaristes à les reprendre. L’idée a fait boule de neige et des vidéos ont été postées du monde entier. De fil en aiguille, il a enregistré les 30 petites études, plus trois inédites, sur un CD, et il les jouera en concert à partir du 9 juin, à Bordeaux, à Paris puis ailleurs.

Leo Brouwer, né en 1939 à La Havane, est un des plus grands, sinon le plus grand, compositeur contemporain pour la guitare. Il a écrit aussi pour d’autres instruments et pour orchestre, mais ses pièces pour guitare, de L’Eloge de la danse à El Decameron negro, sont des œuvres incontournables du répertoire de la guitare classique, influencées par la musique classique en général et les rythmes afro-cubains.

“Des études légendaires qui font aimer la guitare”

Pour les six cordes, il a écrit, en particulier, 30 Estudios sencillos, des pièces très courtes et pas forcément si faciles que ça, mais extrêmement guitaristiques et très belles, qui abordent différents points techniques. Brouwer les a créées au fil de sa vie, depuis la fin des années 1950, et les a publiées en plusieurs recueils, à partir du début des années 1970.

Tout élève en a forcément joué quelques-unes. Pour Thibault Cauvin, “ces études légendaires font aimer la guitare à beaucoup de gens. Quand on est débutant guitariste, c’est la première fois qu’on a du plaisir à jouer, que ça groove, et puis il y a des mélodies incroyables”.

C’est une “aventure complètement imprévue” qui a fait revenir le guitariste français à cette oeuvre. Quand la France a été confinée en mars 2020, alors qu’il courait sans cesse le monde d’un concert à l’autre, il s’est trouvé privé tout d’un coup de tournées. “J’ai toujours besoin de jouer, et de jouer pour les gens”, dit-il. L’idée lui est venue en regardant un tableau du peintre cubain René Portocarrero sur lequel il avait flashé à Miami, qu’il avait acheté et qu’on lui a livré là où il était confiné, à la campagne. Il a décidé de jouer chaque jour une étude, de la n°1 à la n°30, et de les poster sur les réseaux sociaux, en lançant un challenge à des amis guitaristes dans le monde entier.

Une ronde de guitares autour du monde

“Ça a pris des proportions dingues : les jours passant, il y eu des dizaines, des centaines, des milliers de versions qui arrivaient de partout.” Des guitaristes professionnels et amateurs, et même des non-guitaristes, comme le pianiste Thomas Ehnco et l’accordéoniste Félicien Brut, “tout le monde s’y est mis avec des versions hyper créatives, et de partout, jusqu’en Afrique du Sud ou en Iran. C’était touchant de voir cette ronde de guitares autour du monde. De voir qu’on est une grande famille, qu’il n’y pas de différence entre le papy japonais et le jeune Chilien.”

Après cette expérience, Thibault Cauvin a décidé d’en faire un CD (Thibault Cauvin plays Leo Brouwer, Sony Classical) : dès la sortie du confinement il a enregistré les 30 pièces. 30 qui sont devenues 33. “Je me retransforme en petit garçon quand je parle de Brouwer, pour moi c’est un génie vivant, un héros.” Et il a eu envie d’envoyer un mot au compositeur pour lui raconter l’histoire. “Touché par ma lettre, Brouwer m’a fait l’honneur incroyable de m’écrire trois nouvelles études, soixante ans après avoir initié la série. Je n’aurais jamais rêvé ça, c’était génial.”

Des concerts dans des lieux intimes

L’aventure se poursuit sur scène. “Parce qu’il y a plein de petites histoires cachées derrière ces études qui ont accompagné Brouwer toute sa vie, des anecdotes secrètes, de petits contes comme ceux que me racontait ma mère quand j’étais petit”, raconte Thibault Cauvin. Il a eu envie de jouer les Estudios sencillos et de raconter ces histoires, en inventant “quelque chose d’un peu hybride, entre concert, théâtre et conte”.

Alors que pour son dernier projet, Films, il va tourner dans de grandes salles (il sera notamment à la Cigale à Paris le 17 mai 2022), pour les études de Brouwer il veut au contraire de tout petits lieux, “très très intimes”, des petits théâtres en France et à l’étranger. Car “c’est né du confinement, c’est né dans l’intimité totale, j’avais envie de garder ça. Et puis ce sont de toutes petites pièces qu’on joue souvent dans sa chambre, un truc familial”.

“Je voulais faire les concerts dans des lieux que j’adore, et dans deux villes qui sont un peu les miennes, Paris et Bordeaux.” Les deux premiers sont donc prévus les 9 et 10 juin à Bordeaux, au théâtre Trianon, “un tout petit théâtre en centre ville”, et les 15 et 16 juin à Paris, dans la galerie Eko Sato, rue des Cascades, un endroit qu’il a “déniché par hasard” alors qu’il venait d’enregistrer le disque. Elle lui a fait penser à une maison cubaine, une “maison de Brouwer de rêve”, avec son toit en verre qui donne l’impression d’être dans un patio. Il a proposé à la galeriste d’y faire ses concerts, et l’affaire a été conclue.

Thibault Cauvin joue les 33 Estudios Sencillos de Leo Brouwer :
Le 9 et le 10 juin au Théâtre Trianon à Bordeaux
Le 15 et le 16 juin à la galerie Eko Sato à Paris

Thibault Cauvin Plays Leo Brouwer, 33 Estudios sencillos, CD (Sony Classical)

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