ENTRETIEN. Comment un artiste pop réussit le tour de force de proposer des concerts classiques dans des arènes à Montmartre

De la musique classique version « bœuf » entre amis dans des « arènes romaines », qui datent de… 1941 ? C’est ce qui attend les Parisiens au mois d’août. Un concept créé par un Marseillais fier de l’être mais à l’accent très discret : « Je n’ai jamais le voulu masquer, je l’ai sur les jaunes, roses, délicieuses », s’amuse-t-il. Pierre Mollaret a 34 ans. Chanteur et musicien pop, il s’est improvisé producteur de concert classique en plein air en juin 2018. « Depuis longtemps, j’avais envie d’organiser des concerts, mais c’était dans un cadre plus modeste. Au départ, je voulais le faire à travers Airbnb Expérience. » 

Et le charme opère indéniablement. Les morceaux se succèdent, certains connus, d’autres non. Tout profane que l’on soit, on se surprend à trouver tel ou tel air familier. Et pour cause, certains habillent des films de cinéma ou publicitaires.  Choisir ces morceaux qui plairont à tout le monde relève d’un véritable travail de « DJ », selon Pierre Mollaret, qui dit s’inspirer de sa propre playlist. Il faut « savoir programmer des morceaux qui sont à la fois beaux en eux-mêmes, mais qui vont pouvoir mettre en valeur le morceau suivant. Si on ne fait se succéder que des morceaux sublimes, forcément, ils vont s’annuler entre euxDonc, il faut pouvoir alterner. Il y a aussi une trame implicite, ces soirées se déroulant au coucher de soleil. Ça commence pendant le jour et progressivement, on est immergé dans la nuit avec les guirlandes qui s’allument. Il y a clairement des morceaux qui sont plus adaptés au jour et d’autres à la nuit. »

« Et c’est aussi et surtout l’occasion, parce qu’un concert ce n’est pas que de la musique, de rencontrer des personnages, des musiciens, des instruments. »

à franceinfo

Et de fait, avant chaque morceau, le musicien ou les chanteurs l’introduisent par une petite présentation. Une proximité avec le public très inédite dans le milieu du classique et accueillie avec une joie non-dissimulée par les artistes. Il faut dire que les applaudissements qui résonnent aux premières notes du Clair de Lune de Debussy rompent avec le religieux silence qui accompagne, d’habitude, ce genre de prestations.

Cette simplicité inattendue n’est pas le seul cliché que démontent ces « Arènes lyriques ». Organiser un évènement au mois d’août, « ça ne marchera jamais », a pu entendre Pierre Mollaret. Et pourtant, dès la première année, les arènes sont combles : 300 places à l’intérieur plus tous les spectateurs clandestins agglutinés aux grilles. Autre cliché déjoué : un public exigeant pour une musique élitiste. 10% du public des deux premières années avaient moins de 26 ans, indique Pierre Mollaret. Le reste avait 30-40 ans, un public très parisien et étonnamment jeune, composé essentiellement de couples et de groupes d’amis.

Pour cette troisième saison, 10 musiciens, une cantatrice et un ténor animeront huit nuits exceptionnelles, du 5 au 20 août. Au programme, le Concierto de Aranjuez – adagio de Joaquin entendu dans Les Virtuoses de Mark Herman, ou encore le Piano trio No.2 popularisé par le Barry Lindon de Stanley Kubrick en 1975.

L’intégralité du programme est à découvrir sur le site des Arènes lyriques.

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