Ibrahim Maalouf sort "40 Mélodies", l'album qui l'a "réconcilié avec la trompette"

Pour fêter ses 40 ans, le trompettiste Ibrahim Maalouf revisite ses grands succès de façon intimiste et dépouillée, dans l’album 40 Mélodies.

“Cet album, c’est celui qui me fait le plus de bien quand je l’écoute.” Entre deux confinements, Ibrahim Maalouf a réuni dans une toute petite salle parisienne, une poignée de happy few masqués, pour évoquer la sortie, ce 6 novembre de son nouvel album, 40 Mélodies. Un disque enregistré au printemps, pendant le premier confinement “en un peu moins d’un mois”, avec son complice le guitariste François Delporte. A travers 40 morceaux (et trois inédits), le trompettiste revisite dans un style intime et dépouillé, son répertoire si riche, du fameux Beirut composé à l’âge de 13 ans, au lancinant True Sorry, en passant par Red & Black Light, issu de la B.O. du film Les Forêts de Sibérie, qu’il fait immanquablement fredonner aux spectateurs, qu’ils soient 16.000 dans la salle, comme à Bercy en 2016, ou une quarantaine, comme ce soir d’octobre au Duc des Lombards.

“C’était censé être un album pour fêter mes 40 ans, où je me faisais plaisir avec François [Delporte] avec qui j’adore jouer, livre-t-il à l’issue d’un court concert. C’était censé être un cadeau que je me faisais, et puis éventuellement, si d’autres personnes avaient envie de l’écouter… Les circonstances font que je vais lui accorder un peu plus d’importance que prévu.”

Car Ibrahim Maalouf va défendre cet album sur scène, dans de petites salles parisiennes comme Le Duc des Lombards (les 9, 10 et 11 décembre) et le Théâtre de l’Oeuvre en janvier, février et mars. Si tout va bien.

“Je n’ai pas eu à souffrir pour choisir”

Pour choisir ces 40 mélodies, le musicien a pioché dans son vaste répertoire, mais n’a pas eu de choix cornélien à faire. “L’avantage, c’est que je fais cet album pour mes 40 ans, et 40 mélodies, ça fait quand même un paquet. Donc ça va, rigole-t-il. Je n’ai pas eu à souffrir pour choisir.”

Il a donc repris sans surprise, “des morceaux que pas mal de gens connaissaient, comme Beirut ou True Sorry, dont les gens me parlent souvent ou me demandent souvent de jouer” et dont il n’avait pas envie de se passer. Mais il y a aussi glissé des morceaux beaucoup moins connus.

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Né du confinement, 40 Mélodies est un album plus important qu’il n’y paraît. Bien plus qu’un disque de reprises. Il arrive après une période douloureuse pour l’artiste, marquée par une longue procédure judiciaire de quatre ans. Relaxé en juillet dernier, Ibrahim Maalouf en a été très affecté. 40 Mélodies lui a notamment permis de renouer avec le plaisir de jouer de son instrument fétiche, la trompette.

“J’avais décidé d’arrêter la trompette”

“Cet album, je suis assez content et fier de l’avoir fait, parce que ce n’est que du bonheur. D’abord, je me suis réconcilié avec la trompette… Il y a eu une grosse remise en question. J’avais même décidé d’arrêter de la trompette à la fin de mes 40 ans, donc dans un an. Tout a été freiné pendant 3 ans, et pas seulement par le Covid, quelques autres trucs ont fait que je n’ai pas pu vraiment m’exprimer et sortir ce que j’avais envie de sortir, j’avais plein d’idées d’albums que j’avais envie de faire pendant ces 3-4 dernières années. Tout a été un peu empêché.”

Dans cette conversation avec le public, il évoque “une forme de thérapie” après une période de doute. Une remise en question qui l’a amené à s’interroger sur l’essentiel. “Si je devais m’arrêter là maintenant – puisque la question s’était posée, vraiment: je me suis dit j’arrête tout – qu’est-ce que je fais? Qu’est-ce qui reste? Il reste l’héritage de mon père qui est la trompette”.

Ce divorce avec la trompette, aussi étonnant puisse-t-il paraître, est enfin le fruit de son parcours de musicien. “Ca fait des années que je dis que je n’aime pas la trompette, ajoute-t-il sur un ton redevenu léger. En fait, je n’aime pas pas la trompette, pirouette-t-il dans une étrange double négation. J’aime la trompette, mais je ne l’adore pas. Et là, je me suis réconcilé avec l’instrument.”

“Cet album, c’est celui que je préfère”

Cette relation complexe est aussi le fruit d’une éducation “très stricte sur le jeu de trompette”. “Il fallait entrer au conservatoire de Paris, il fallait gagner des concours internationaux, il fallait être dans une forme de rigueur qui faisait que j’étais concentré sur cette technique, sur la nécessité de virtuosité”. Sur scène, il passe avec bonheur de la trompette au piano. “C’est grâce au piano que je m’amuse quand je joue de la musique, parce que je suis complètement autodidacte au piano”, explique-t-il.

Sur 40 Mélodies, d’autres que lui jouent du piano. “Il y a tellement d’invités sur cet album, qu’il y a finalement pas mal de piano. Il y a Jon Batiste, un pianiste new-yorkais incroyable qui est sur Free Spirit, il y a Alfredo Rodriguez, qui joue sur Una Rosa Blanca…” On y croise aussi Sting, Matthieu Chedid ou encore Marcus Miller et Arturo Sandoval.

“C’est compliqué de dire ça devant vous, ajoute-t-il avec malice, mais je pense que c’est mon plus bel album. C’est l’album dont je suis le plus fier depuis toujours – alors que j’ai bossé comme un fou sur les autres – mais celui-ci, c’est celui que je préfère de loin”.

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