Mohammad-Réza Shajarian, monstre sacré de la musique iranienne, est mort à 80 ans

Le chanteur et compositeur engagé Mohammad-Réza Shajarian, monument de la musique traditionnelle et classique iranienne, est mort jeudi à l’âge de 80 ans, a annoncé son fils Homayoun Shajarian sur Instagram. Atteint d’un cancer depuis plusieurs années, Mohammad-Réza Shajarian “a volé à la rencontre de son bien-aimé (Dieu)“, écrit son fils sous une page noire.

Très vite après l’annonce de la mort de l'”Ostad” (“Maître” en persan), plusieurs centaines d’admirateurs ont convergé vers l’hôpital Jam de Téhéran où il avait été admis il y a quelques jours dans un état critique, selon des journalistes de l’AFP sur place. Vers 17h45 (14h15 GMT), la foule, éplorée et oubliant les règles de distanciation sociale imposées par l’épidémie de Covid-19, chantait en boucle et à l’unisson “Mogh-e Sahar“, l’un des nombreux succès de Shajarian.

Sous le regard de policiers, des hommes et des femmes pleuraient. Quelques slogans fusaient, dans une atmosphère recueillie: “Shajarian est vivant, il vivra pour toujours“, “Les anges prendront l’iftar [repas de rupture de jeûne pendant le ramadan] avec Rabbana“, psaume tiré du coran dont la mise en musique par Shajarian est indissociable en Iran du mois sacré de l’islam, tout en étant censurée par les autorités.

On peut le voir ici en 2013 dans la série des concerts “Tiny Desk” de la radio nationale publique américaine NPR.

Artiste engagé, il était interdit d’antenne à la télévision d’Etat iranienne

La télévision d’Etat, sur laquelle le chanteur était interdit d’antenne depuis 2009, a ouvert son journal de 18h avec l’annonce de la mort du musicien, reprise par toute la presse et suscitant d’innombrables commentaires attristés sur les réseaux sociaux. Selon plusieurs médias iraniens, les funérailles devraient avoir lieu à Machhad, ville sainte chiite du nord-est de l’Iran d’où le chanteur était originaire.

Chanteur, instrumentiste et compositeur engagé, Mohammad-Réza Shajarian a incarné plus que tout autre pendant un demi-siècle la musique traditionnelle et classique iranienne à l’étranger comme en Iran. Véritable monument national dans son pays, il a néanmoins entretenu des relations difficiles avec les autorités de Téhéran tout au long de sa longue carrière, d’abord sous le règne du Chah puis avec la République islamique.

Critique à l’égard de la République islamique

En 1978, il avait démissionné avec fracas de la radio-télévision iranienne où sa voix d’or lui valait d’officier comme récitateur du Coran depuis 1959. Il avait ainsi voulu dénoncer le massacre de manifestants commis “le vendredi noir” (8 septembre 1978) sous le régime du Chah. Après la victoire, l’année suivante, de la révolution khomeyniste, il reprochera aux autorités de vouloir se servir de lui comme d’un “musicien docile“, afin de faire croire qu’elles “ne sont pas complètement opposées à la musique“.

D’une manière générale, il se montrait très critique d’une République islamique qu’il accusait d’être opposée “à l’idée même de l’identité persane des Iraniens” et de vouloir leur imposer une “identité musulmane“. En 2009, en pleine répression de la contestation du Mouvement vert contre la réélection du président ultraconservateur Mahmoud Ahmadinejad, il avait pris résolument parti pour les manifestants contre le pouvoir.

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