Avec "Gaza Mon Amour", un film teinté d'absurde, les frères Nasser veulent montrer la vie quotidienne des Gazaouïs, loin des clichés

Dans leur second long-métrage, Gaza Mon Amour, sorti mercredi en France, les jumeaux anticonformistes Arab et Tarzan Nasser racontent la rencontre amoureuse entre deux Gazaouis modestes : un pêcheur sexagénaire et vieux garçon et une couturière du marché, qui élève seule sa fille.

Dans une société traditionnelle, où police et religion sont omniprésentes, le rapprochement de ces coeurs solitaires gazaouis n’a déjà rien d’évident. Mais lorsque le sort s’en mêle, c’est le début des ennuis : le personnage principal pêche par hasard au large une statue antique d’Apollon, doté d’un pénis en érection, qu’il tente de cacher chez lui.

Un film teinté d’absurde

Famille, police, militants islamistes, toute la société gazaouïe est embarrassée par cette trouvaille et ces deux personnages qui ne marchent pas au pas. Le film, teinté d’absurde, « est inspiré de la vie quotidienne à Gaza, loin des clichés« , explique à l’AFP Arab Nasser, dont le père a inspiré une facette du personnage principal.

Ce dernier ne rentre dans aucune case : il n’est pas candidat à l’émigration, écoute de la musique sur de vieilles cassettes, ne touche ni à la politique ni à la religion et fait des rêves érotiques même lorsqu’on le jette en prison… « C’est un Gazaouï très normal, pas impliqué dans la politique, comme il y en a plein« , poursuit Arab Nasser.

Montrer le quotidien des Gazaouïs

Les deux cinéastes palestiniens âgés de 33 ans au look de musiciens de metal (vestes de cuir, chevelure jusqu’aux épaules et barbe charbonneuse), remarqués en 2015 avec leur premier film Dégradé montré à la Semaine de la critique à Cannes,  tenaient à bâtir une histoire sur la vie quotidienne de ces Palestiniens qui ne passent jamais aux infos.

« Si vous regardez les pays autour de Gaza, même en Egypte, les gens ne connaissent rien des Gazaouïs, de leur vraie vie, mais seulement ce qu’ils en voient aux nouvelles« , déplore son frère jumeau Tarzan. Dans un territoire dont la « mémoire a été détruite » par les affrontements avec Israël, « on voulait tourner une histoire d’amour loin de la politique et du reste« , précisent-ils. Mais le conflit, omniprésent, rattrape tout, toile de fond permanente dans le film : bombardements, pression militaire et policière…

L’actrice Hiam Abbas était l’invitée du 23h de Franceinfo lundi 4 octobre 2021

L’humour pour ne pas se flinguer

Chez ces frères installés depuis plusieurs années en France, le cinéma est tendre et désespéré à la fois. « Ce n’est pas une comédie, il n’y a pas de blagues, c’est sur la vraie vie des Gazaouïs, qui doivent faire avec l’humour pour survivre. Sinon, ils n’auraient plus qu’à se suicider« , dit Tarzan. « Le ciel est occupé, tout est occupé, et (les Gazaouïs) vivent là, il n’y a plus d’horizon« , poursuit-il.

Le film se termine par une belle scène entre les deux amoureux, sur le petit bateau de pêche et sous l’oeil des drones israéliens, à la limite des maigres eaux concédées aux Palestiniens. Le couple est interprété par Salim Daw, acteur palestinien vu notamment dans la série Le bureau des légendes, et par l’actrice franco-palestinienne Hiam Abbass, qui a tourné avec Patrice Chéreau ou Jean Becker mais aussi à Hollywood.

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