Festival de Cannes 2021 : "Lingui, les liens sacrés" du réalisateur tchadien Mahamat-Saleh Haroun s'attaque à l'avortement et à l'excision

Réalisateur, avant d’être Ministre du développement touristique de la culture et de l’artisanat du Tchad de 2017 à 2018, Mahamat-Saleh Haroun avait remporté le Prix du jury à Cannes en 2010 avec Un homme qui cri et présenté Grigri en compétition en 2013. Rare réalisateur majeur du continent africain, passionné par son pays dont il partage l’amour dans ses films, progressiste et réformiste, Mahamat-Saleh Haroun bouscule les tabous en dénonçant dans Lingui, les liens sacrés, l’excision et l’interdiction d’avorter dans son pays.

Exotisme et clichés ?

Fille-mère rejetée par sa famille, Amina vit seule dans un faubourg de N’djaména, capitale du Tchad, avec Maria, sa fille unique de quinze ans. Elle vit chichement d’un petit artisanat à base de récupération, quand Maria lui apprend être enceinte et vouloir avorter. Malgré la condamnation par la religion musulmane et les poursuites judiciaires qu’elles encourent, Amina va tout faire pour la tirer de ce mauvais pas.

Mahamat-Saleh Haroun filme admirablement la lumière blanche et dorée qui illumine N’djaména, où le ballet incessant des deux-roues vrombissants dans les rues. On est au côté d’Amina, dans son petit atelier rudimentaire où elle confectionne des objets décoratifs, seule ressource de cette famille monoparentale mise à l’index. Le réalisateur ferait-il dans l’exotisme et le cliché ? Le décor est en tout cas évocateur, et le cinéaste à un sens du cadrage et du mouvement qui séduit  tout au long du film.

Didactisme utile

Amina est une paria qui cherche qu’a s’effacer, à s’intégrer dans un environnement qui la rejette. La grossesse de sa fille la ramène à ce qu’elle a vécu, comme si l’histoire se répétait. Compatissante, elle va l’aider.  Mais le danger est partout : la rumeur se propage, l’imam fait pression, et bientôt la police. Une solidarité discrète s’organise entre femmes, mais tiendra-t-elle ?

Si Mahamat-Saleh Haroun fait preuve de didactisme, c’est qu’il veut initier  ses compatriotes à des évolutions sociétales qui nécessitent une transformation  des mentalités tchadiennes, encore ancrées dans la religion et les traditions. Il déclare vouloir emmener son film à travers le pays, afin de sensibiliser les populations L’occident n’est-il pas lui-même confronté à une régression idéologique face à l’avortement ? Certains feraient bien d’en prendre de la graine. Le cinéaste pose également la question de l’excision, dans une magnifique scène où les femmes, complices, partagent dans un large sourire leur satisfaction d’avoir berné leur entourage en pratiquant une fausse opération. 

Lingui, les liens sacrés, d’une grande beauté visuelle, convainc moins par son interprétation balbutiante de non-professionnels, dommage. Mais le message passe et la dramaturgie, même un peu simple, est prenante. Le film n’a pas soulevé l’enthousiasme qu’avait provoqué L’Homme qui crie en 2010, mais il mérite la reconnaissance du cœur pour son entreprise nécessaire.

La fiche

Genre : Drame
Réalisateur : Mahamat-Saleh Haroun
Acteurs : Achouackh Abakar, Rihane Khalil Alio
Pays : Tchad / France / Belgique / Allemagne
Durée : 1h27
Sortie : 8 décembre 2021
Distributeur : Ad Vitam

Synopsis : Dans les faubourgs de N’djaména au Tchad, Amina vit seule avec Maria, sa fille unique de quinze ans. Son monde déjà fragile s’écroule le jour où elle découvre que sa fille est enceinte. Cette grossesse, l’adolescente n’en veut pas. Dans un pays où l’avortement est non seulement condamné par la religion, mais aussi par la loi, Amina se retrouve face à un combat qui semble perdu d’avance…

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