Festival de Cannes 2021 : "Titane" de Julia Ducournau, ou le gore élevé au rang des beaux-arts

Prix Louis Delluc du premier film en 2016 avec Grave, Julia Ducournau bousculait le paysage du cinéma français avec un film de genre autour d’une famille de cannibales. Elle persiste et signe dans le fantastique avec Titane, son deuxième long métrage, où Vincent Lindon est méconnaissable, au côté d’une débutante qui promet, Agathe Rousselle. Le film sort en salle ce jeudi 14 juillet : âmes sensibles s’abstenir.

La monstruosité touchée par la grâce

Grièvement blessée enfant dans un accident de la route, Alexia a été sauvée grâce aux technologies de la réalité physique augmentée. Greffée de pièces de titane, elle est devenue, adulte, une star de la danse dans des salons et conventions diverses. Mais elle est aussi une tueuse en série implacable. Quand l’enquête s’approche un peu trop d’elle, elle se fait passer pour un garçon, dans lequel un commandant de pompier est persuadé de reconnaître son fils disparu depuis dix ans. Elle trouve refuge chez lui, et découvre pour la première fois l’affection d’un homme, d’un père.

Totalement irréaliste dans son script, Titane n’est pas fait pour être compris, mais ressenti. Sa folie rappelle celle des scénarios des films des années 1920-30, comme Le Cabinet du Docteur Caligari (1919) de Robert Wienne ou L’inconnu (1927) de Tod Browning. Des films qui mettent au cœur de leur sujet la monstruosité de personnages marginaux touchés par la grâce au hasard d’une rencontre. Vu la tendance consensuelle actuelle d’un cinéma mainstream dominant, Julia Ducournau fait figure de paria. Elle tranche dans l’art, en réalisant des films radicaux, violents, gore, aux sujets puissants qui dérangent.

Humour dévastateur et émotion

Rares sont les films fantastiques français, mais le genre est de plus en plus prisé des jeunes cinéastes, avec dernièrement La Nuée ou Teddy. Encore plus rares sont les réussites dans le domaine. Julia Ducournau est la plus talentueuse de tous et confirme la grande réussite de Grave avec Titane. Son inventivité d’écriture et son talent de mise en scène, la rapprochent d’un Gaspar Noé, tous deux étant aux limites du cinéma de genre et de l’expérimental. La première scène de Titane, où des danseuses lascives tournoient autour de voitures à un salon de l’automobile, est un plan séquence vertigineux digne de Brian De Palma. La suite lorgne du côté de Dario Argento et de David Cronenberg.

Visiblement biberonnée à ces cinéastes, Julia Ducournau s’y réfère tout en s’en détachant par l’humour dévastateur qu’elle injecte dans ses nombreuses scènes d’horreur graphique, choc, magistralement chorégraphiées, si outrancières qu’elles provoquent un rire assumé. Gore et humour ont toujours fait bon ménage. La salle était d’ailleurs hilare, et le film a été vigoureusement applaudi. 

Mais l’émotion surgit aussi dans les rapports étranges qu’entretient un père fou d’amour pour son fils perdu, et qui se convainc coûte que coûte de le retrouver en Alexia. Vincent Lindon créé une composition hallucinée et hallucinante dans ce rôle borderline, en pompier accro aux hormones et bodybuildé, alors qu’Agathe Rousselle, dont c’est le premier grand rôle à l’écran, étonne dans une prestation émotionnelle et physique. Au-delà de la forme provocatrice du film, c’est l’amour réciproque entre deux personnes qui n’auraient jamais dû se rencontrer qui domine. Titane démontre la vivacité d’un cinéma enthousiaste, respectueux des maîtres et novateur.

La fiche

Genre : Fantastique
Réalisatrice : Julia Ducourneau
Acteurs : Vincent Lindon, Agathe Rousselle, Garance Marillier
Pays : France / Belgique
Durée : 1h48
Sortie : 14 juillet 2021
Distributeur : Diaphana Distribution

Synopsis : Après une série de crimes inexpliqués, un père retrouve son fils disparu depuis 10 ans. Titane : Métal hautement résistant à la chaleur et à la corrosion, donnant des alliages très durs.

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