Jean-Paul Belmondo au théâtre : une passion de toujours et des rôles flamboyants

Jean-Paul Belmondo est mort lundi 6 septembre à son domicile à Paris à l’âge de 88 ans. L’acteur était sans conteste un monstre sacré du cinéma, mais à ses débuts il y eut les planches, auxquelles Bebel fera un grand retour après presque trente ans de cinéma.

Au commencement était le théâtre. C’est en assistant à 15 ans, à une représentation des Femmes savantes de Molière à la Comédie-Française, que la vocation de Jean-Paul Belmondo naît au lendemain de la seconde Guerre mondiale : il sera comédien.

Avec la bande du Conservatoire 

Elève de Raymond Girard puis de Pierre Dux, Belmondo fait ses classes aux Hôpitaux de Paris. Devant les patients, il y joue notamment La Belle au Bois Dormant. L’euphorie est là, les planches lui donnent des ailes. Mais le chemin est encore long. Il est finalement admis au Conservatoire national supérieur d’art dramatique en1952, après avoir été recalé à deux reprises. Il y rencontre la bientôt célèbre “bande du Conservatoire” : Jean-Rochefort, Jean-Pierre Marielle, Bruno Cremer, Pierre Vernier et Michel Beaune. Une crème d’équipe. A laquelle s’ajoutent bientôt Jean-Pierre Mocky, Claude Rich, Annie Girardot, Françoise Fabian et Philippe Noiret.

Mais Jean-Paul ne convainc pas ses maîtres et se voit refuser l’accès à la Comédie-Française. Cela ne l’empêche pas d’être appelé en 1953 par Jean Anouilh (pour Médée à l’Atelier), ou d’interpréter Feydeau. Belmondo fait sa première grande apparition dans César et Cléopâtre de Bernard Shaw en 1957. Il est alors âgé de 24 ans. Seulement Bebel triomphe très vite au cinéma, et les tournages et ses succès lui font oublier les planches au fil des années.

Le grand retour avec “Kean”, l’envol avec “Cyrano”

Il retrouve le théâtre 28 ans plus tard, en interprétant Kean d’Alexandre Dumas, un personnage de comédien flamboyant qui convient à l’extravagance de Belmondo, excellant dans la comédie comme dans le drame.

Du théâtre dans le théâtre en quelque sorte : “C’est un numéro mais c’est aussi un homme qui est perdu au milieu de sa gloire. C’est un homme excessivement seul et c’est pour ça que le personnage est très beau”, expliquait-il. 

On doit ce retour de Jean-Paul Belmondo à ses premières amours à Robert Hossein. Avec lui, le théâtre c’est comme au cinéma. Hossein le fait bientôt chausser le nez de Cyrano. Le spectacle, joué à partir de février 1990 (un mois avant la sortie du film de Rappeneau avec Gérard Depardieu), est une belle réussite et emmène la troupe en tournée mondiale en 1991. 

Feydeau et ses vaudevilles

Enthousiasmé par le succès, le comédien est ravi d’avoir retrouvé sa vocation d’origine. À son retour de tournée, Belmondo rachète même le Théâtre des Variétés, qu’il gardera jusqu’en 2004 et, dont il assure la direction. Délaissant quelque peu le cinéma, l’acteur est désormais surtout actif sur les planches, où il est l’interprète de grosses productions théâtrales. Tailleur pour dames (en 1993) et La Puce à l’oreille (en 1996) mis en scène par Bernard Murat : des larmes aux rires, Feydeau et ses vaudevilles l’habillent sur mesure. 

En 1998, c’est une pièce d’Eric Emmanuel Schmitt, mise en scène toujours par Bernard Murat, que le dramaturge écrit pour lui, Frederick ou le Boulevard du Crime : encore un rôle de comédien à panache (Frédérick Lemaître était un acteur célèbre, libre-penseur et libertin dans le Paris romantique et révolutionnaire), Belmondo trouve dans sa palette, au-delà de l’action, les couleurs de la tendresse.

Suite à un malaise subi pendant une représentation de la tournée de Frederick ou le Boulevard du Crime fin 1999, Jean-Paul Belmondo est hospitalisé à Brest, et est  contraint d’observer un strict repos. Il cesse de monter sur les planches à partir de 2000. Il aura été comédien jusqu’aux bouts des ongles, Belmondo. En ces quelques mots, il donne sa vérité du métier : “On naît acteur comme on naît prince. Je crois que c’est vrai : on naît acteur, on ne le devient pas”.  

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