L'échange (Arte) Angelina Jolie : "C’est le film le plus difficile que j’ai jamais tourné"

En incarnant une mère dont l’enfant est enlevé, la star américaine réussit la plus belle interprétation de sa carrière. Retour sur un tournage difficile et émouvant…

En 2007, lorsque le réalisateur Clint Eastwood propose à Angelina Jolie d’entrer dans la peau de Christine Collins, l’actrice commence par refuser cette histoire inspirée d’un fait divers réel. Le 10 mars 1928, Walter, 9 ans, le fils de Collins, jeune mère célibataire et employée à Los Angeles, disparaît. Quelques années plus tard, la police annonce fièrement à la jeune femme qu’elle a retrouvé son garçon. Hélas, il s’agit d’un autre enfant. Le calvaire de Christine recommence. Elle refuse cette parodie de libération et entre en guerre contre la puissante police de Los Angeles, qui l’expédie à l’asile psychiatrique…

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“Lorsque j’ai lu ton scénario, je n’ai pas dormi de la nuit”, confesse Angelina Jolie à Clint Eastwood, “tu peux comprendre que l’enlèvement d’enfant est un sujet terrifiant, mon pire cauchemar !” L’actrice est d’autant plus réticente à incarner ce personnage qu’elle sort exténué du tournage d’Un cœur invaincu, où elle jouait la femme de Daniel Pearl, le journaliste américain assassiné par des intégristes en 2002. Eastwood lui répond calmement : “Je comprends, Angelina, mais je ne voyais que toi pour être cette mère si courageuse, affrontant les institutions machistes de Los Angeles.” Fin psychologue, le réalisateur sait que l’interprète de Tomb Raider admire les femmes combatives, qui refusent les diktats masculins. Malin, il caresse aussi  la fibre maternelle d’Angelina, mère de cinq enfants, qui vient d’adopter un petit Vietnamien, Pax Thien, 3 ans. Après réflexion, la comédienne change d’avis, en déclarant : “Clint a réussi à me mettre dans la tête de Christine Collins.” En vérité, l’actrice accepte le rôle pour une autre raison : quelques mois avant le début du tournage, elle a perdu sa mère, Marcheline, terrassée par un cancer : “Christine Collins lui ressemblait beaucoup : même pudeur, même amour fusionnel envers les enfants, même douceur. En l’incarnant, j’avais l’impression de rendre hommage à ma mère…”

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“Le film le plus difficile que j’ai jamais tourné…”

Le tournage débute en octobre 2007 à Long Beach et à Santa Fé, sur les lieux mêmes où a eu lieu le fait divers. Lorsque l’actrice apparaît poudrée, avec un chapeau blanc orné d’un ruban, les lèvres colorées d’un rouge mat, impériale dans son grand manteau de tweed vert, Clint Eastwood lâche, admiratif : “Cette femme est magnétique. C’est impossible de mal la photographier.” Rayonnante, d’un professionnalisme sans faille, Angelina Jolie prend discrètement sur elle pour tenir le coup : elle ne supporte pas les scènes où son garçon disparaît. “Je m’identifiais à Christine… Du coup, j’appelais toutes les heures mes enfants pour savoir où ils étaient ! C’est le film le plus difficile que j’ai jamais tourné. J’étais épuisée sur le plan émotionnel.” Entre les scènes, il n’est pas rare qu’elle fonde en larmes, enfermée dans sa loge. Mais pour rien au monde elle n’aurait craqué sur le plateau. Une seule fois, Angelina Jolie va se laisser submerger par l’émotion en public : lors de l’avant-première, à Londres, en novembre 2008, elle éclate en sanglots et avoue aux journalistes émus : “En me découvrant dans le film, j’ai eu l’impression de revoir ma mère… »”

L’échange : dimanche 22 novembre à 20h55 sur Arte  

Jean-Baptiste Drouet

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