Mort de Jean-Paul Belmondo : douze rôles incontournables du casse-cou du cinéma français

Avec le décès de Jean-Paul Belmondo, lundi 6 septembre, c’est tout un pan du cinéma français qui disparaît. Disparaît ? Pas vraiment. Les films restent, avec leurs cortèges de fantômes qui viennent nous visiter à chaque vision. Michel Piccoli, Louis de Funès, Raimu, Jean-Pierre Bacri, Louis Jouvet… vivent encore à l’écran. Jean-Paul Belmondo, lui, rayonne.

Pas facile de choisir une douzaine de films dans cette filmographie de quelque 80 longs métrages tournés avec Jean-Luc Godard, Jean-Pierre Melville, Philippe de Broca, Henri Verneuil, ou encore Georges Lautner, pour évoquer les cinquante années d’une carrière bien remplie.

“A bout de souffle”

Après un passage au Conservatoire, plusieurs pièces, et des apparitions fugaces au cinéma, Jean-Luc Godard fait appel à Jean-Paul Belmondo en 1960 pour incarner Michel Poiccard, petit voyou en cavale à Paris où il retrouve Patricia (Jean Seberg) qui finalement le dénoncera à la police.

Film révolutionnaire, totalement improvisé en extérieur, caméra au poing, A bout de souffle est l’acte de naissance manifeste de la Nouvelle Vague. Meilleur ennemi de Godard, François Truffaut dira “il y a le cinéma avant Godard et le cinéma après Godard“. Il y a aussi un Belmondo avant et après Godard, son rôle lui donnant une renommée mondiale, après ce succès international.

“Léon Morin, prêtre”

Dans la foulée d’A bout de souffle, Belmondo tourne sept films avant que Jean-Pierre Melville lui fait revêtir la soutane de Léon Morin prêtre en 1961, qui adapte le roman éponyme de Béatrix Beck, prix Goncourt 1952.

Belmondo incarne un rôle à contre-emploi du voyou insouciant et provoquant d’A bout de souffle auquel il est désormais identifié. Film sur la révélation de la foi chez une jeune veuve (Emmanuelle Riva), troublée par la beauté d’un prêtre séduisant, Léon Morin, prêtre a déconcerté le public en raison de ce casting inattendu. C’est le premier film d’une collaboration forte de trois films entre Belmondo et Melville.

“Cartouche”

Changement de registre en 1962, avec Cartouche, premier film de Philippe de Broca avec Jean-Paul Belmondo, accompagné de Claudia Cardinale et de son ami Jean Rochefort rencontré au Conservatoire. Film de cape et d’épée, dont la France est le fer de lance à l’époque, cette évocation édulcorée du célèbre bandit de grand chemin du XVIIIe siècle allie fantaisie, action et romantisme avec un charme irrésistible.

Pour la première fois, l’acteur réalise lui-même ses cascades, ce qu’il réitérera dans de nombreux films, jusqu’à en faire son image de marque.

“Un singe en hiver”

Incontournable, la rencontre entre Belmondo et Gabin était inévitable. La même année que Cartouche sort Un singe en hiver, première collaboration entre l’acteur et Henri Verneuil, maître du cinéma populaire français. Adapté d’Antoine Blondin, sur des dialogues de Michel Audiard, on retiendra du film cette réplique où “le patron” dit au jeune Belmondo : “Môme, tu m’rappelles mes 20 ans“. Comme un hommage, chapeau !

Menacé par le ministère de la Culture pour apologie de l’alcoolisme, succès du box-office en 1962, le film demeure un classique des rediffusions à la télévision.

“L’Homme de Rio”

Philippe de Broca refait appel à Belmondo en 1964, dans un nouveau film d’aventures après Cartouche, cette fois contemporain, un hymne aux sixties. Avec L’Homme de Rio, au côté de Françoise Dorléac, l’acteur entame une double carrière de comédien, à la fois attaché au cinéma d’auteur et au film d’action.

Inspiré de L’Oreille cassée, un des meilleurs albums de Tintin, L’Homme de Rio foisonne de rebondissements, d’action et de romance. Dans des images somptueuses tournées à Rio, Belmondo y acquiert ses véritables galons de cascadeurs.

“Pierrot le fou”

Retrouvailles de Belmondo avec Jean-Luc Godard, cinq ans après A bout de souffle, Pierrot le fou est à nouveau une histoire de gangsters, mais n’a rien à voir avec celle du célèbre malfrat du même surnom. Cavale en couple à travers la France, avec Anna Karina, le film est considéré comme le prototype du road movie.

Encensé ou honni, le film est qualifié d’”anarchisme intellectuel et moral” par la censure de l’époque. Le couple Belmondo-Karina roule à merveille et fera l’objet de l’affiche du Festival de Cannes 2018.

“La Sirène du Mississipi”

Après Claude Chabrol et Jean-Luc Godard, c’est au troisième larron initiateur de la Nouvelle Vague, François Truffaut, d’en appeler à Belmondo dans La Sirène du Mississipi, en 1969. Il lui donne comme partenaire Catherine Deneuve dans un thriller sentimental adapté de William Irish, où l’acteur tombe amoureux d’une femme escroc.

Belmondo passe de héros, dans ses précédents films, à victime des machinations d’une femme, ce qui ne plait guère à son public. Le film est un échec au box-office, mais reçoit un bon accueil critique qui ne fera que croître.

“Borsalino”

Après avoir fricoté avec Gabin dans Un singe en hiver, Belmondo rencontre Alain Delon dans Borsalino de Michel Deray, en 1970. Le duo est au diapason dans ce film de gangsters des années 1930 situé à Marseille. Le réalisateur sort de La Piscine, plus “auteuriste”, en mettant en scène un polar de divertissement efficace qui comble le public, impatient de voir les deux stars dans un même film.

Borsalino fait un carton au box-office : 4 710 381 entrées en un an. Les deux stars sont au faîte de leur renommée qui ne cessera encore de croître au seuil de cette nouvelle décennie, entraînant une suite, mais sans Belmondo.

“Les Mariés de l’an II”

La même année, Jean-Paul Rappeneau projette Belmondo en 1792. Le film renoue avec le ton de Cartouche, comme film de cape et d’épée, avec des costumes, de la romance et de l’humour. C’est encore la comédie qui domine, dans une évocation de la naissance du divorce trois ans après 1789. Délicieux.

Belmondo a décidément de la chance avec ses partenaires : après Jean Seberg, Emmanuelle Riva, Françoise Dorléac, Anna Karina, Catherine Deneuve, c’est maintenant Marlène Jobert, en pleine ascension.

“Le Casse”

Ce nouveau film de Belmondo avec Verneuil constitue un tournant pour l’acteur et le réalisateur qui vont enquiller, ensemble ou séparément, les polars urbains. Dans Le Casse, il est Azaz, cambrioleur de haut vol poursuivi par l’inspecteur Omar Sharif, au cœur d’une enquête spectaculaire et minutée jusqu’à un dénouement surprenant.

Gros succès en 1971 avec 4 410 120 entrées, Le Casse sera suivi de Peur sur la ville en 1974, où Verneuil donne cette fois le rôle de l’inspecteur à Belmondo, en privilégiant l’action.

“Le Magnifique”

Retrouvailles en 1973 avec Philippe de Broca, Le Magnifique voit Belmondo devenir écrivain de romans d’espionnage dans une parodie des James Bond. Il est ici associé à Jacqueline Bisset qui joue sa voisine et l’alter ego de la James Bond girl de ses romans. Philippe de Broca visualise avec brio l’histoire d’amour de son écrivain pantouflard avec sa voisine, en la mélangeant aux aventures de son héros, sur un scénario irrésistible de Francis Veber et Daniel Boulanger.

Le film mélange action et romance, comme beaucoup de longs métrages de Belmondo. Ses contributions suivantes suivront ce modèle à répétition jusqu’à saturation.

“Itinéraire d’un enfant gâté”

Entre Le Magnifique, en 1973, et Itinéraire d’un enfant gâté de Claude Lelouch, en 1988, Belmondo est devenu l’acteur préféré des Français, moins de la critique. Mais ce succès, qui rassemble cinéphiles et public, sonne comme une réhabilitation qui vaudra au comédien le César du Meilleur acteur en 1989.

Itinéraire d’un enfant gâté engendrera 3 254 397 entrées en France. Le dernier succès de Belmondo au cinéma, comme un film testament, même s’il tournera encore. Il préférera désormais le théâtre, où il triomphera.

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