Ørdesa : un film interactif par le coscénariste d'Un Prophète

Nicolas Peufaillit, coscénariste d’Un Prophète et de la série Les Revenants, nous parle de son nouveau projet : un film interactif horrifique intitulée Ørdesa, disponible sur Google Play et développé par Arte Expérience.

AlloCiné : Pouvez-vous nous raconter comment se déroule concrètement la vision du film, car contrairement à la plupart des films interactifs, ici le spectateur ne fait pas de choix en appuyant sur son écran mais en l’inclinant simplement à droite ou à gauche. Pourquoi avez-vous opté pour ce choix ?

Nicolas Peufaillit, co-scénariste d’Ordesa : Le concept d’Ordesa est de proposer une nouvelle manière de regarder un film à travers une interaction simple, au service de la narration. Le film réagit à ce que l’utilisateur regarde de manière fluide et imperceptible. Pas d’interface, pas d’endroit où cliquer… la narration ne doit jamais s’interrompre, pour ne pas perdre sa dimension cinématographique. Nous ne voulions pas faire comme les autres films interactifs où le temps se fige et une interface se superpose à l’image pour proposer au spectateur des choix. Parce qu’en faisant cela, on casse l’immersion et le rapport au film, on crée une distance entre le spectateur et l’œuvre qu’il est en train de voir. Nous voulions que le spectateur reste dans le film, et qu’il ait progressivement l’impression d’y rentrer physiquement.

  • Shazam! Bande-annonce VO

    Allocine

  • L'Inconnu du Nord-Express Bande-annonce VO

    Allocine

  • Krampus Bande-annonce VO

    Allocine

  • José Garcia – Tarek Boudali : le quiz 100% action !

    Allocine

  • Calamity, une enfance de Martha Jane Cannary Bande-annonce VF

    Allocine

  • Heidi Bande-annonce VF

    Allocine

  • Braquage à l'italienne Bande-annonce VF

    Allocine

  • Give Me Five – Gandalf

    Allocine

  • Les Trolls 2 – Blind-test inversé Matt Pokora & Vitaa

    Allocine

  • Mort sur le Nil Bande-annonce (2) VO

    Allocine

  • Epouse-moi mon pote Bande-annonce VF

    Allocine

  • Les 2 Alfred Bande-annonce VF

    Allocine

  • Pirates des Caraïbes : la Fontaine de Jouvence Bande-annonce VO

    Allocine

  • Aviez-vous remarqué ? Pirates des Caraïbes, la fontaine de jouvence

    Allocine


  • Shazam! Bande-annonce VO
    On a tous un super-héros qui sommeille au fond de soi… il faut juste un peu de magie pour le réveiller. Pour Billy Batson, gamin débrouillard de 14 ans placé dans une famille d'accueil, il suffit de crier "Shazam !" pour se transformer en super-héros.
    Ado dans un corps d'adulte sculpté à la perfection, Shazam s'éclate avec ses tout nouveaux superpouvoirs. Est-il capable de voler ? De voir à travers n'importe quel type de matière ? De faire jaillir la foudre de ses mains ? Et de sauter son examen de sciences sociales ? Shazam repousse les limites de ses facultés avec l'insouciance d'un enfant. Mais il lui faudra maîtriser rapidement ses pouvoirs pour combattre les forces des ténèbres du Dr Thaddeus Sivana…



    Allocine


  • L'Inconnu du Nord-Express Bande-annonce VO
    Un champion de tennis est abordé dans un train par un inconnu qui lui propose un étrange marché : il supprime sa femme encombrante si celui-ci se charge d'éliminer son propre père. Croyant avoir à faire à un fou, le tennisman ne lui prête aucune attention. Peu de temps après, sa femme est assassinée…


    Allocine


  • Krampus Bande-annonce VO
    Quand Max voit sa famille peu exemplaire se disputer à l'approche de Noël, le garçon décide d'ignorer la célébration, sans se rendre compte que ce manquement à la tradition va provoquer les foudres de Krampus, un démon ancestral bien décidé à punir les réfractaires. La situation tourne en enfer quand les figures de Noël prennent monstrueusement vie, lançant l'assaut sur la maison de Max et forçant les membres de sa famille à s'entraider s'ils espèrent sauver leur peau.


    Allocine

VIDÉO SUIVANTE

Nous avons décidé d’utiliser sur Ordesa un dispositif à la fois simple et accessible : le gyroscope du smartphone. Cet outil est au cœur de notre narration et permet au spectateur de se déplacer dans l’image. En inclinant son appareil, il élargit son champ de vision et révèle l’environnement qui l’entoure. Chaque image peut contenir des zones interactives qui s’enclenchent automatiquement quand l’utilisateur les survole. Ces interactions affectent le montage du film, en affichant de nouveaux médias (images, sons, etc.) et modifient le déroulement du film. On peut parler d’un film organique, qui réagit à ce que le spectateur regarde. Car à chaque fois que le spectateur interagit, il donne de la vie aux scènes, leur insuffle de la profondeur et de l’intensité.

Pour ce faire, quelle technique a été employée ?

(…) Nous voulions avoir des prises de vues ultra panoramiques, mais sans avoir un rendu “gopro” ou “fisheye”, ou comme ce que l’on peut voir dans la réalité virtuelle ou des vidéos en 360°. Il était important pour nous de conserver les qualités optiques d’une production cinéma traditionnelle et pour cela nous avons créé notre propre système de prise de vues, qui nous permet ainsi contrôler le ratio de nos images allant du simple cinémascope (ratio 2.35/1) jusqu’au format ultra panoramique (ratio 8/1). Cela nous a pris de longs mois pour créer ce bloc optique, et obtenir ce rendu graphique si singulier, et nous voulons désormais l’utiliser sur des projets similaires.

Le spectateur est ici un peu voyeur mais aussi un personnage, et c’est l’une des originalités de votre film. A l’écriture, comment est-ce qu’on prend en compte le fait que le spectateur a des choix à effectuer ?

Je ne le qualifierais pas vraiment de voyeur mais plutôt d’explorateur.  Il a un puzzle à reconstituer, qu’il peut faire en suivant trois lignes narratives : observer les personnages, inspecter la maison et guider le personnage principal grâce aux objets qu’il déplace. Il fallait donc équilibrer ces trois lignes narratives pour qu’elles soient le moins redondantes possibles. Et accorder une vraie place à la narration environnementale. Ce qui implique, aussi, jouer sur les silences plus que sur les dialogues. Privilégier l’atmosphère, tout en maintenant la tension.

J’imagine que dans le cas d’un film interactif le scénario doit s’adapter aux contraintes techniques. Comment avez-vous vécu cela ? Était-ce compliqué à mettre en œuvre ?

Je l’ai très bien vécu – avec de la sueur, évidemment – mais pour moi, parler dès le départ de forme c’est fondamental, y compris dans la fiction linéaire. Le scénario n’est pas un objet littéraire mais le brouillon d’une œuvre visuelle. Avoir des intentions formelles fortes, c’est indispensable. Nous avons surtout mis du temps à définir le type d’interactivité. Allions-nous permettre au spectateur-joueur de modifier l’histoire ? Ou mettre en avant l’émotion, ce qui est le vrai but d’ORDESA. Après, et pour le coup c’est une différence fondamentale avec l’écriture d’un film ou d’une série, on ne sait vraiment si ça marche qu’à la toute fin. ORDESA, comme bon nombre d’expériences interactives, c’est un vrai pari risqué, techniquement comme artistiquement, et c’est ça que j’aime le plus.

Il y a un aspect jeu vidéo (l’influence de l’ancêtre FMV, notamment) à Ordesa, mais qui va plus loin puisque le logiciel, l’application, s’adapte aux choix de cadrage du spectateur, le rendant de fait co-réalisateur. Est-ce que vous pouvez nous en dire un peu plus ?

L’idée c’était vraiment de créer une fiction hybride, ni film classique, ni jeu vidéo. Mais d’avoir la sensation d’être dans un film. Et d’opter pour une interactivité invisible, sans être frustrante. Nous voulions jouer avec le spectateur, pour le rendre pro-actif, sans que celui-ci ne s’en rende compte. Pour cela nous avons décidé de déstructurer la mise en scène, en proposant des cadrages qui ne sont pas très harmonieux, pour que le spectateur, inconsciemment, ait envie de les restructurer. On lui laisse ainsi la possibilité de choisir le positionnement de la caméra, de composer lui-même son cadrage.

En lui donnant la possibilité de faire des choix de mise en scène (un peu comme dans un jeu) nous le faisons participer au récit. Et pour pousser la démarche un peu plus loin, nous avons décidé de traquer ses déplacements, pour que le montage s’adapte au cadre que le spectateur a choisi. C’est l’application qui effectue certains raccords, de manière invisible, pour garder la composante cinématographique du projet. Donc, coréalisateur oui, dans le sens où il peut choisir de ne s’intéresser qu’à une partie de l’image et que le film s’adapte à son regard.

Le film est disponible sur tablette et mobile via Google Play ou l’App Store.

Propos recueillis par mail le 15 octobre 2020

Source: Lire L’Article Complet