Pourquoi il ne faut pas manquer la ressortie d'« Akira » au cinéma

Akira. A sa simple évocation, les images reviennent en mémoire comme elles ont imprimé la rétine à l’époque : la mégalopole de Neo-Tokyo, les virées nocturnes à moto de Kaneda, la transformation de Tetsuo… Des images, des souvenirs, d’ailleurs plus souvent issus de l’adaptation animée – et d’une VHS usée – que du manga lui-même, les deux signés par Katsuhiro Otomo. Si Akira est aujourd’hui
l’un des mangas les plus connus au monde, un chef-d’oeuvre d’anticipation et de science-fiction, ainsi qu’une influence indéniable pour nombre d’auteurs, dessinateurs, réalisateurs, c’est aussi et surtout grâce au film de 1988, qui ressort en salle cette semaine dans une remastérisation 4K et dans un contexte de crise.

Un tour de force technique

Récit post-apocalyptique et cyberpunk, Akira se déroule en 2019, trente-huit ans après la Troisième Guerre mondiale, et voit une bande de jeunes désœuvrés se retrouver mêlée à des expériences scientifiques, un complot politique, un mouvement révolutionnaire… la fin du monde, d’un monde ?

A l’époque, Otomo voulait raconter un Japon ressemblant celui de l’après-Seconde Guerre mondiale, un Japon, qui de Hiroshima à Fukushima, d’un gouvernement contesté aux influences politiques extérieures, d’un avenir incertain à l’idée de résilience, ressemble beaucoup à notre monde. Akira n’a donc rien perdu de sa puissance, une puissance qui s’explique aussi par le fait que le film est un tour de force technique, le plus gros budget pour un film d’animation à l’époque, avec plus de 150.000 celluloïds et l’utilisation d’images de synthèse.

Une remastérisation à la hauteur

La version 4K proposée en salle rend justice à ce travail colossal, une remastérisation dont la distributrice Amel Lacombe, à la tête de la société Eurozoom, a entendu parler dès décembre 2018 : « Otomo voulait offrir à Akira une vraie remastérisation pour 2019/2020, soit à la date des événements dans le film. Il avait été déçu de la version sortie pour les 25 ans, issue d’un master vidéo. Aplati, sans grain, pas à la hauteur. »

Si cette remastérisation 4K est sortie en Blu-ray UHD au Japon, Amel Lacombe veut la proposer en salle en France, pendant les Jeux Olympiques de Tokyo 2020, « un clin d’œil puisqu’il est question des J.O. dans le film. » Il est aussi et surtout question de leur annulation. Akira, plus visionnaire que jamais.

Les cinémas ont besoin de films

« Avec les J.O. reportés et la crise sanitaire, la seule date de sortie possible était le 19 août », explique la distributrice. Aurait-elle préféré une autre date, une autre exposition, alors que les cinémas ont rouvert mais semblent attendre le messie Tenet ? « En fait, c’est l’inverse. Akira n’est ni un blockbuster, ni un film de festival. C’est une ressortie, et ce n’est que quelques copies d’habitude. J’avais misé sur 50/100 copies, et ce sera finalement 200 sur toute la France. L’élément covid a paradoxalement joué en notre faveur. Des salles qui ne l’auraient pas forcément pris d’habitude se sont positionnées dessus, car ils ont besoin de films avec les reports de sorties. »

Amel Lacome ajoute que les exploitants restent encore frileux avec le cinéma d’animation en général, et la japanime en particulier : « Ils vont te le passer un mercredi à 14 heures en VF, car l’animation, c’est bien connu, c’est pour les enfants. Le malentendu est toujours là. »

Une prophétie autoréalisatrice

Le contexte est difficile et triste pour tous les acteurs de la profession, les distributeurs, les exploitants et même les spectateurs. Mais le métier a aussi une dimension autoréalisatrice, commente Amel Lacombe : « On nous répond souvent que tel ou tel film ne va pas marcher, et c’est sûr que s’il passe à une mauvaise heure, sans mise en avant, sans rien, il ne va pas marcher. »

Elle critique ainsi le discours actuel qui veut qu’il n’y ait pas de films en salle, pas de locomotives, parce qu’il n’y a pas de blockbusters, pas de films de festivals. « Les gens vont finir par le croire. Or, des distributeurs indépendants font leur travail et montrent qu’ils peuvent faire des entrées. Alors, pas quatre millions sur un film, mais par exemple 400.000 sur dix films, ou 200.000 sur 20 films. » Et si Akira faisait 200.000 entrées ?

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